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Critique

Notre critique de L’homme sans talent

Saya

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Dessinateur : Tsuge Yoshiharu
Scénariste : Tsuge Yoshiharu
Éditeur : Atrabile
Collection : Seinen
Genre : Drame, Social
Public : + 14 ans
Contenu : 224 pages
Sortie : 9 novembre 2018
Prix : 22€
Statut de la série : One-shot

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Résumé

Sukezô Sukegawa est marié et père de famille. Son boulot actuel est de vendre des cailloux qu’il a ramassés dans la rivière Tama, près de chez lui. Entre son commerce qui ne rapporte rien et sa vie de famille qui est un désastre, Sukezô n’a aucun courage pour renouer avec la seule activité où il est un tant soit peu doué, dessiner des mangas.

Notre critique

Paru en 2018 chez l’éditeur Atrabile, mais écrite dans les années 80, cette œuvre est une ode au désir de déclassement social autant qu’un récit autobiographique. Notre héros n’en est pas un. Sans cesse critiqué par son entourage, perpétuel bon à rien aux idées absurdes, il sabote lui-même ses petits boulots. Le seul travail qui lui a un peu rapporté de l’argent est celui de mangaka. Mais Sukezô se refuse à travailler sur commande et décline toute offre de travail. Lui qui passe de réparateur d’appareils photographiques à revendeur de cailloux de rivière, subit les remarques incessantes de son épouse, qui doit subvenir seule au besoin du ménage. Notre héros est en plein désarroi et on le ressent à chaque page. Même face à son fils, il se laisse insulter et traiter de parasite. Quand une affaire marche et rapporte de l’argent, il ne peut s’empêcher de faire capoter son entreprise. On a ici un héros qui veut fuir la pression sociale, la société écrasante, et qui est fasciné par les ermites, les vagabonds et les parias, qui n’ont aucune contrainte et qu’il aime fréquenter. On a l’impression que Sukezô n’a aucune fierté, même pour les yeux de son fils, qui est pourtant toujours prêt à l’aider et qui l’aime. Ce dernier vient même le chercher le soir au stand de cailloux, alors qu’il souffre d’asthme. Son épouse distribue des prospectus et rapporte un peu d’argent dans l’escarcelle familiale, mais cela lui demande beaucoup d’efforts pour un petit salaire. Cette dernière a souvent dû supporter les reconversions professionnelles, souvent absurdes, de son mari et elle a fini par devenir morose et aigrie. Avoir un mari qui n’est pas capable de rapporter de quoi vivre lui pèse sur le moral, surtout que ce dernier pourrait revenir au dessin, car il était assez reconnu pour son travail.

L’auteur tire son inspiration de sa propre vie. Tsuge Yoshiharu, comme son héros, a été revendeur d’appareils photographiques et a vécu des passages à vide en tant qu’auteur de manga. Car tant que ses finances se portent bien, ce dernier ne ressent pas le besoin de dessiner, même si ses œuvres sont saluées par la critique. Le héros est également le miroir de son créateur : comme lui, il vit des relations familiales conflictuelles et veut en finir avec la réalité écrasante de la société. Tsuge Yoshiharu a d’ailleurs été jusqu’à faire une tentative de suicide. Ses personnages ont une psychologie fort développée, ils ne sont ni gentils, ni méchants, et cela leur donne une certaine réalité. Tous leurs comportements résultent d’une grande observation de ses contemporains de la part de l’auteur. Et comme son héros qui ne finit rien de ce qu’il commence, Tsuge Yoshiharu a laissé L’homme sans talent inachevé, car il n’a jamais fini la seconde partie de La Fugue, qui est le dernier chapitre de cet ouvrage.

Sukezô a un physique particulier, avec sa petite moustache et son air triste. Son épouse a les traits tirés et semble plus âgée, vieillie. Leur fils, Sansuké, a le visage d’un enfant malade et un peu sous-alimenté. Le dessin est donc peu joyeux, avec beaucoup de jeux d’ombre, qui reflètent bien l’ambiance morose du texte et l’état mental des personnages principaux. Il y a peu de décor, peu de nature, et quand il y en a, ceux-ci sont stylisés pour mieux s’insérer à la mise en scène. Pour information Tsuge Yoshiharu ayant perdu peu à peu une partie de la vue, a beaucoup travaillé au pinceau. L’ouvrage a été imprimé sur du papier de grande qualité, un peu épais, et bénéficie d’une belle couverture cartonnée, assez sobre, où l’on voit Sukezô en plein désarroi. Au dos, on le découvre tenant la main de son fils…

De la génération Club Dorothee, élevée avec Saint Seya, Cobra et City Hunter, Saya, qui a un gros faible pour les shojo et les josei, adore faire de nouvelles découvertes. Le manga est une passion qu'elle n'hésite pas à transmettre aux générations futures.

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