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Vous l’aurez remarqué si vous êtes un lecteur éclectique de mangas, les catégories instituées par les éditeurs japonais se retrouvent à l’identique en France. Si le public français, très habitué à mettre les choses dans des cases, s’en accommode, le manque de cohérence pousse à s’interroger face à certaines absurdités, notamment dans le genre seinen. Le seinen ne serait-il pas devenu le fourre-tout éditorial de service ?

Le seinen manga, petite définition Made in Japan

Sans vous refaire un historique du manga, rappelons certains faits. Dans le Japon d’après-guerre, alors que tout était à rebâtir, on pouvait plus aisément lire des mangas dans les librairies payantes que chez soi. Ancêtres des mangas-cafés, ces établissements proposaient un accès gratuit à tous les titres disponibles entre leurs murs avec boissons et/ou restauration moyennant une somme donnée. Le choix s’est longtemps limité aux premiers grands genres, équivalents des actuels shônen et shojô. Mais avec le temps, la demande pour des récits plus adultes, réalistes etc. a grandi. A la fin des années 50, le gekigas (littéralement images dramatiques) ont fleuri, embrassant des thématiques plus sombres, ancrées dans un contexte historique, dramatique, avec une bonne dose de violence et de sexe.

Le succès fut tel que les éditeurs, reprenant les rênes de leur économie à la fin des années 60, ont saisi cette opportunité. La catégorie seinen était née. Littéralement, seinen signifie « jeune adulte masculin », public le plus susceptible d’être séduit. Emblématique, Takao Saitô, créateur de Golgo 13, devint l’un des fers de lance de ce nouveau genre.

Jugé trop violent et réaliste, le seinen est, depuis, souvent taxé de valoriser le caractère obscur de la force. Les mangas seinen sont prépubliés dans des magazines clairement identifiés de sorte que l’on ne risque pas de choquer les jeunes lecteurs. Autrement dit, quand on achète le Wheekly Shônen Jump, on sait qu’on peut le laisser traîner dans la maison, le prêter aux petits frères, sœurs, cousins etc, pas le Young Animal (qui prépublie, entre autres, Berserk).

seinen manga fourre-tout-akira-nipponzilla

Les différences entre seinen, shônen ou josei toujours plus floues

Le seinen a donc répondu à plusieurs problématiques éditoriales. Il fallait séduire un public plus large, notamment ne pas perdre les lecteurs fidèles qui grandissaient et perdaient intérêt à lire du shônen manga. Leurs auteurs fétiches ont même ainsi pu adapter leurs histoires et leur style pour mieux répondre à leurs fans et se reconvertir avec efficacité. Et puis, franchement, il n’y a pas que les mecs qui aiment lire du seinen ! Le seinen pour filles n’existe pas dans le vocabulaire éditorial courant… Mais cette interdépendance a fini par brouiller les pistes. Aberration vedette : Akira fut prépublié dans un hebdo destiné au jeune public !

A force de voguer entre les genres, mangakas et éditeurs nippons ont perdu le nord. Il arrive souvent que l’on peine à comprendre pourquoi certains titres sont ainsi classés dans l’une ou l’autre catégorie, surtout certains shônen flirtant impunément avec cette grande violence si tapageusement reprochée au seinen. On reconnaît aussi une structure narrative proche du shônen : un personnage principal qui devra transcender son destin pour la bonne cause. Evidemment, dans un récit seinen, les épreuves à traverser seront plus rudes, plus proches de la réalité et ponctuées de mésaventures souvent sanglantes dépeintes avec force détails (ex : Akira, Gunnm). Les valeurs défendues par le manga sont omniprésentes et le seinen n’y échappe que peu souvent. Heureusement, on peut y trouver de nombreuses nuances qui permettent de creuser la psychologie du ou des personnages, une critique sociétale, une fable écologique, etc.

Pourtant, la grande cause économique du secteur de l’édition a eu gain de cause sur la rationalité qui avait prédéfini le seinen. Il est évident pour tout lecteur assidu de mangas, qui aime aller au-delà des grosses machines à succès, que la catégorisation nippone est parfois douteuse et son emploi français encore plus.

Le seinen manga, une catégorie devenue bâtarde ?

Arrivé en France, le seinen ne s’est pas sorti d’affaire. Il est resté un vrai fourre-tout. Car, que reste-t-il quand on a laissé de côté les récits pour enfants et adolescents ? Tout ! L’horreur, le policier, l’amour non édulcoré, le thriller, la SF, de la Fantasy, de l’Histoire sans fard, des faits de société ou même des aventures culinaires, etc. Comme il existe des dizaines de genres littéraires, il existe plein de thématiques restées sans espace de classement autre que le seinen.

En dépit de nombreux sous-genres possibles, les éditeurs français ne jugent pas opportun de requalifier la très grande famille du seinen à l’usage du public français. Quelques tentatives se démarquent. Kana s’est amusé à décliner ses collections sous les labels Dark Kana, Made In, Big Kana. Mais on s’y perd quand même…

Le seinen regroupe aujourd’hui tout et n’importe quoi. Quelques exemples de melting pot seinen ?

  • Les gouttes de dieu (Tadashi Agi & Shu Okimoto)
  • Le chat aux sept vies (Gin Shirakawa)
  • Bride stories (Kaoru Mori)
  • Blue giant (Shinichi Ishizuka)
  • Ascension (Shin’ichi Sakamoto)
  • Maison Ikkoku (Rumiko Tadashi)
  • Empereur du Japon (Kazutoshi Hando, Issei Eifuku & Junichi Nojo)
  • Rin (Harold Sakuishi) ;
  • Vie de Bouddha (Osamu Tezuka)
  • L’histoire des trois Adolf (Osamu Tezuka)
  • Zero pour l’éternité (Naoki Hyakuta & Souichi Sumoto)
  • Une sacrée mamie (Yoshichi Shimada)
  • Au cœur de Fukushima (Kazuto Tatsuta)

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Le tout mêlé à des piliers du genre tels que :

  • Naoki Urasawa (Pluto, 20th Century Boys, Monster, etc.)
  • Takehiko Inoue (Vagabond, Real)
  • Jirô Taniguchi (Le Sommet des dieux, Quartier Lointain, Trouble is my business, etc.)
  • Tsutomu Nihei (Blame !)
  • Inio Asano (Un monde formidable, Bonne nuit Punpun, Solanin, etc.)
  • Hiroaki Samura (L’Habitant de l’infini)
  • Masasumi Kakizaki et George Abe (Rainbow)
  • Masayuki Taguchi et Kôshun Takami (Battle Royale)
  • Kentaro Miura (Berserk)
  • Katsuhiro Ôtomo (Akira)

On pourrait débattre des heures du bien-fondé des classements mangas. Mais un espoir réside dans le succès du marché français devenu incontournable. Voilà qui pourrait pousser les maisons d’édition à plus de clarté et surtout d’audace ! Qui sait ? On libérerait les mangakas des codes qui étouffent leurs talents. Ainsi que le dit le nouvel adage : le pouvoir est entre les mains du consommateur !

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