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Dessinateur : Yôko Kondô
Scénariste : Ango Sakaguchi
Éditeur : Éditions Picquier
Collection : Seinen
Genre : Historique, Drame
Public : + 14 ans
Contenu : 220 pages
Sortie : 3 octobre 2019
Prix : 16,50€
Statut de la série : Terminée en 1 tome

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Résumé

La femme est une prostituée. Elle décide, durant la guerre, de s’installer et de vivre maritalement avec Nomura, un homme fréquentant son bar. Mais ce n’est pas l’amour qui les unit, plutôt les B-29, les bombes, les flammes. Dans une ambiance chaotique, la femme hésite : vivre ou mourir ?

Notre critique

La femme n’a pas de nom. Elle est présentée comme une nymphomane : vendue à un bordel, elle ne peut s’empêcher de se donner aux hommes, même une fois libre et propriétaire de son propre bar. Pourtant, lors de ses ébats, elle ne ressent rien. Cela lui vient peut-être de son passé de prostituée – pouvoir aller avec les hommes sans rien ressentir pour eux – ou de Nomura, incapable de la satisfaire. Son corps et un jouet, elle sait s’en servir et n’hésite pas à le faire. Elle aime séduire, franchir des interdits, mais en parallèle, elle désire également être une femme mariée à un homme sérieux, rangée. C’est une personne tout en complexité, ni toute blanche, ni toute noire, avec ses peurs et ses désirs. Le désir, c’est la guerre qui le lui procure : lors des bombardements, elle revit. Elle revit quand leur maison s’enflamme. C’est le chaos qui la fait se sentir vivante. Que sera sa vie, une fois la guerre terminée ? Au fond d’elle, elle sait que Nomura et elle ne vieilliront pas ensembles.

Nomura est un jeune homme qui fréquente le bar de la femme. Comme les autres clients, il a passé du temps avec elle, à l’arrière. A sa demande, il accepte de vivre à ses côté pendant la durée de la guerre. Connaissant la femme, il craint qu’elle ne le trompe, si elle s’ennuie à ses côtés ou que ses vieux démons la reprennent. Il ne veut pas qu’elle fréquente d’autres hommes à part lui, mais il prétend ne pas l’aimer. Ses paroles sont parfois dures à son égard. Tient-il à elle ? Ou n’est-elle qu’un jouet entre ses bras ? Lui aussi est ambigu. La seule chose dont il est certain : à la fin de la guerre, il sera séparé de la femme. Et de toute façon, le Japon sera du côté des perdants et les hommes et les femmes seront séparés : les hommes travailleront pour les vainqueurs, les femmes deviendront des concubines pour les Américains. Ou alors, la femme partira avec d’autres hommes…Inéluctablement, au final, ce sera la séparation.

Même si ils sont ensembles, nos deux protagonistes sont seuls au plus profond de leur être. Ils ne se comprennent pas et n’ont pas l’air de le vouloir. Autour d’eux, gravitent des voisins, que l’on voit en filigrane : les autres femmes du quartier, toutes plus irréprochables les unes que les autres, la « mante-religieuse », vieux pervers égoïste, l’armée, les B-29, etc.

D’abord, « Une femme et la guerre » sont deux nouvelles écrites par Sakaguchi Ando, peu après la capitulation du Japon en 1945. L’auteur les qualifie de deux nouvelles-sœurs et elles abordent la vie et les sentiments complexes de la femme, et de Nomura, sous les bombardements. Son œuvre est marquée par la déchéance et la provocation, ce qui lui a valu d’être censuré. Il faut dire qu’il fait dire à son héroïne « les bombardements, j’aimerais qu’ils viennent tous les jours » ou encore, il écrit « la femme aimait la guerre », ce qui tout juste après la guerre, n’est pas bien vu par tous. Donc, à leur sorties, ces nouvelles passent presque inaperçues. En 1998, elles sont rééditées, et ont été depuis adaptées au théâtre et au cinéma. Ainsi, elles sont devenues une part importante dans l’œuvre majeure de Sakaguchi.

Et voilà que Kondô Yôko décide de les adapter en manga. On y retrouve l’histoire telle qu’on la lit dans les nouvelles. Le scénario suit bien le texte, on est immergé dans l’ambiance chaotique de la guerre. Le dessin semble assez vétuste, le trait est simple, presque trop simple, et les décors sont très peu présents. Seuls la femme et Nomura sont mis en avant. Pourtant, ce dessin particulier nous fait ressentir la relation complexe entre ces deux personnages, seuls et ambigus, tout en « je t’aime, moi non plus ». De plus, les cases sont alignées de la même manière à chaque page : sur 3 rangées horizontales. Jamais une ligne de plus. Les deux nouvelles sont dans le sens occidental de lecture, le manga dans le sens japonais. Tous les panneaux ou autres inscriptions sont laissés en japonais, mais sont traduits, juste en-dessous. La traduction de ces deux nouvelles et du manga ont été très bien faites : le texte est bien rédigé et on sent que, même si ces trois œuvres sont liées, la traduction n’a pas été faite pour que les textes des nouvelles entre dans les dialogues du manga. Les différents textes ont leur propre existence.

Notre critique de Une femme et la guerre

En bref, trois textes assez particuliers à lire, dans le décor chaotique de la guerre. Toute l’incertitude des bombardements qui se reflète dans deux protagonistes hésitants/ Les nouvelles sont à réserver aux amateurs de littérature japonaise ou avec une certaine maturité, afin de bien en comprendre toutes les susceptibilités. Le manga est plus accessible mais à ne pas mettre entre toutes les mains quand même. A lire et à relire, afin de bien comprendre le sens donné par l’auteur à ces œuvres provocantes.

Scénario80%
Dessin80%
Édition95%
Originalité85%
Mise en scène83%
Intérêt sur la durée80%
On a aimé
  • Une bonne immersion dans les bombardements au Japon
  • Un titre provocateur !
On a moins aimé
  • La « mauvaise image » de la femme
80%Note Finale

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