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Dessinateur : Suzuri Ryo
Scénariste : Suzuri Ryo
Editeur : Taifu Comics
Collection : Yaoi
Genre : Yaoi, fantastique
Public : Public averti
Contenu : 180 pages
Sortie : 25 juillet 2019
Prix : 8,99 €
Statut de la série au Japon : En cours de publication

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Résumé

Considéré comme déviant par ses pairs, Makoto est ostracisé à cause de ses penchants morbides. Afin de satisfaire ses derniers, il s’est tourné vers la sorcellerie et alors qu’il tente sans trop y croire d’invoquer un démon, voilà qu’apparaît J, archiduc des Enfers. Le superbe démon lui accorde un vœu en échange de son âme, sans se douter que le lycéen va lui faire une requête inattendue : manger sa chair et ses entrailles ! Makoto pensait sombrer dans le repos éternel une fois son souhait exaucé, mais J semble avoir d’autres projets pour lui…

Notre critique

Un humain vorace rencontre un démon avide… Attention, étincelles !

Lorsque l’on apprécie les mangas inclassables, on ne peut qu’être attiré par un titre tel que celui-ci. Une bonne dose de seinen, un zest de yaoi, une atmosphère incroyablement glauque, le tout servi par un graphisme surprenant…

MADK commence sur un ton résolument tragique. Makoto est un lycéen torturé, écartelé entre ses pulsions et son désir de ne pas y céder. Il ne veut pas devenir un monstre qui s’en prendrait aux autres humains. Perdu, enfermé dans son mal-être obsessionnel, il tente d’appeler un démon. N’importe lequel aurait suffit du moment qu’il exauce son souhait.

La rencontre est magique. J apparaît suite à l’invocation, splendide, trop beau pour paraître dangereux. Ebloui, Makoto est d’autant plus satisfait : la sorcellerie a fonctionné au-delà de ses attentes. Un beau démon à dévorer c’est plus qu’il n’osait l’espérer. J surprend le lecteur autant que Makoto : sous ses dehors de beauté surréelle, il réagit avec un humour désarmant car très humain ! Manger sa chair, ses entrailles, et puis quoi encore ?

Mais puisqu’il est là, il accorde ce vœu à Makoto en échange de son âme, c’est le contrat type ! Un mois se passe durant lequel Makoto grignote chaque jour une partie du corps de J. Et puis, un soir, alors que J l’asticote un peu plus, le jeune homme se confie. Il est profondément blessé par ses penchants et le rejet qu’il en retire. Tout le monde le traite avec mépris alors qu’il s’est contenté de porter son attention sur des animaux morts, retenant ses pulsions pour ne pas devenir un criminel. Que perçoit J face à la détresse de Makoto ? Ce démon qui ne prend rien au sérieux garde ses secrets mais lui offre finalement ce qu’il voulait au plus profond de lui : un sulfureux mélange de sexe et de cannibalisme. Enfin repus, Makoto abandonne son âme à son étrange invité.

A sa grande surprise, sa vie ne se termine pas. Réincarné dans le monde de J, Makoto devient son nouvel élève. En effet, J entend faire de lui un démon digne de ce nom. Mais avant cela, Makoto va devoir apprendre tout ce qu’il faut sur le monde des démons dont les règles sont aussi tordues que lourdes de conséquences pour qui les enfreint ou les méconnaît… Aux côtés de J, Makoto va côtoyer d’autres démons. Les aidant dans leurs activités, il va ainsi travailler dans la maison de passe de Datenshô et rencontrer Fjord, le prostitué star des Enfers. A leurs côtés, il apprend à comprendre ce monde bien que les méthodes de J, toujours sournoises et intéressées, lui déplaisent.

On assiste à une lutte de pouvoir entre les deux personnages principaux de cette histoire. Si le premier chapitre insiste sur la mainmise de Makoto sur le corps de J, le reste de ce tome 1 met en place la suprématie de ce dernier. Au sein du monde des démons, et ainsi que le confirment ses homologues, J est le plus puissant de tous.

Pour autant, Makoto parvient encore à lui résister. Veut-il réellement suivre ces règles dont il ne comprend pas le sens ? Veut-il devenir le jouet de J pour l’éternité ? D’ailleurs, veut-il vraiment devenir un démon lui-même ? Certes, ses penchants d’humain étaient tordus et passaient outre toutes les règles de la vie mais est-ce une raison suffisante pour vouloir devenir un démon une fois mort ? On perçoit peu à peu, comme Makoto lui-même, que les épreuves mises en place par J sont destinées à clarifier ses désirs profonds. J le teste sans arrêt, le soumet aux appétits lubriques des clients de Datenshô et surtout de Fjord.

Dans cette lutte de pouvoir qui évolue d’une page à l’autre, le gagnant final pourrait bien être celui auquel on ne s’attend pas… Car Makoto assimile vite les règles démoniaques, il entend même surpasser J afin d’inverser de nouveau les rôles.

Avec son univers étrange qui préfère la douleur au plaisirs physiques, quand ils ne s’entremêlent pas, Ryo Suzuri détourne audacieusement les codes du yaoi. Ce récit d’horreur ne nous épargne pas les corps déchiquetés avec les dents, les têtes arrachées mais toujours « vivantes », les appétits sexuels, charnels et gastronomiques variés, mais le tout certifie une originalité à toutes épreuves. Et si l’habituel rapport entre dominé et dominant est au cœur de la narration, son expression se passe des modèles du genre.

Makoto est un personnage complexe, sombre, malheureux qui ne parvient pas à oublier la morale au profit de l’apaisement de ses pulsions. Poursuivi par sa singularité, il cherche une rationalité dans ce qu’il est. Sans succès. Son refus de céder à la criminalité et d’attaquer d’autres humains l’a poussé dans les bras de J aussi peut-on se demander s’il fera un bon démon, et ce, même si sa seconde vie semble faire ressortir une combativité enfouie.

J est le ressort à la fois comique et sadique du récit. Il ne cesse ne détourner le ton dramatique, ne prend rien au sérieux en dehors de la désobéissance de Makoto. Virant au sadisme le plus démoniaque de sa nature, il soumet son nouveau fétiche à des épreuves qui feraient renoncer tout autre et bondit de joie quand Makoto se révèle plus fort qu’il ne le désire.

Les personnages secondaires sont assez importants dans le récit. Datenshô officie comme protecteur et guide auprès d’un Makoto paumé par les ordres de J. De même, Fjord, qui a beau être un affamé sexuel effrayant une fois au lit, fait preuve de déférence envers cet apprenti démon tour à tour terrassé et colérique. Mieux, tous deux font passer le message au lecteur : Makoto est différent, il pourrait bien réaliser le vœu de J, le surpasser et même devenir un danger.

Le dessin de MADK est une autre surprise. Elegant, racé, pointu, il peint sous nos yeux l’opposition de ces deux êtres qui se rencontrent dans le malheur. Au supplice de son psychisme déviant, Makoto ne ressemble plus vraiment à un adolescent. Ses expressions sont celles d’un tueur, d’un affamé prêt à tout…ou d’un enfant perdu une fois dans le monde J. L’astuce de ses yeux devenus noirs renforce l’accent sur son étrange destinée. Le démon quant à lui arbore cornes, ailes et pattes à sabots, tout ce qui se retrouve sur les illustrations des serviteurs de Satan à ceci près qu’il a un visage et le reste du corps très humain. Ce mélange rappelle plutôt un Sphinx, gracieux, éblouissant dans sa beauté bestiale.

Le travail sur les autres protagonistes n’est pas aussi original mais se marie bien avec leur rôle. L’artiste nous abreuve volontiers du détail des sévices infligés tant par l’appétit de Makoto que par le sadisme de J. Pour autant, ce déploiement de prime abord dérangeant illustre parfaitement le propos et l’univers de la série, construit son atmosphère sans tomber dans l’excès. Enfin, toute l’ambiance est enveloppée dans les décors et des costumes somptueux d’un autre temps, évoquant le luxe monarchique de la Renaissance ou des Lumières, à la fois occidental et extrême-oriental.

Saluons le pari fait par Taifu comics qui s’aventure à publier un titre aussi détonant par sa singularité que sa force créatrice. MADK ne ressemble à aucun autre yaoi publié par l’éditeur, peut-être même par aucun éditeur français. Ryo Suzuri nous ouvre les portes d’un autre monde, empli d’une obscurité faite des tourments les plus instinctifs et dominé par une question : qui sera le plus fort dans cette relation aux limites de l’imaginaire ?

Notre critique du tome 1 de MADK
Makoto est torturé par ses pulsions cannibales. Il invoque un démon et lui offre son âme s'il le laisse le dévorer. Le contrat est passé mais prévoit toute autre chose pour cette âme damnée...
Scénario90%
Dessin95%
Edition95%
Originalité95%
Mise en scène95%
Intérêt sur la durée90%
On a aimé :
  • Une originalité à toutes épreuves!!
  • Des personnages fascinants
  • Un graphisme envoûtant
On a moins aimé :
  • Néant
95%Note Finale

A propos de l'auteur

Rédactrice manga de Nipponzilla. Dévoreuse manga, BD et livres en tous genre, bavarde absolue, elle s’attaque à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un bon titre et qu’importe les déceptions, elle s’acharne pour vous dénicher des perles.

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