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Principalement connue pour avoir réalisée A Silent Voice, dont le succès a été renforcé par l’adaptation en film produite par Kyoto Animation, Yoshitoki Oima a marquée son grand retour en 2016 avec To Your Eternity : un manga qu’elle est venue représenter à Japan Expo – 19ème Impact en tant qu’invitée d’honneur de Pika Édition ! Découvrez cette interview levant le voile sur son parcours, ses sources d’inspiration, et sur ce qui lui a donné envie de devenir mangaka.

Vous avez souvent déclaré votre amour pour Yūzō Takada et son manga 3 x 3 Eyes. Hormis la thématique de l’immortalité, qu’est-ce que avez appris du point de vue technique auprès de cet artiste ?

Sur l’aspect graphique du travail de Yūzō Takada, je dirais que c’est toute la partie vraiment technique liée à la musculature. Il y a une forme de souplesse dans la musculature de ses personnages, et dans les scènes d’action aussi, où on retrouve une vraie texture et une vraie chaleur qui se dégage des scènes qu’il arrive à dessiner. Ce sont des mangas que j’ai lu quand j’étais écolière moi même, donc assez jeune, et même si je ne comprenais pas tout le contenu de ce que je lisais, sur le plan graphique, ça a eu une influence très forte sur ce que j’ai fait après.

Est-ce que A Silent Voice a pu améliorer la condition des malentendants au Japon, comme a pu le faire Black Jack ni Yoroshiku concernant la communauté hospitalière ?

À ma connaissance, il n’y a pas eu d’influence aussi importante que celle qu’a pu avoir Black Jack ni Yoroshiku. Mais par contre, je pense que ce que le manga a pu apporter aux sourds et malentendants au Japon de manière générale, c’est l’ouverture un débat. Mine de rien,  ça a permis à beaucoup de personnes de s’intéresser au sujet et d’en discuter, de manifester leur mécontentement à l’égard du traitement qui était fait aux sourds et malentendants. C’est déjà un bon début, même si ça n’a pas eu des répercutions administratives ou des prises en charge de ce type là. Je dirais que le plus gros apport du manga par rapport à ça, ça a été d’ouvrir des débats et d’apporter des discussions sur ce sujet. Chose qui n’était pas systématique avant.

L’univers de To Your Eternity tranche radicalement avec l’univers de A Silent Voice. Globalement, quelle est la genèse de To Your Eternity ? Est-ce qu’elle avait une vraie volonté de changer radicalement d’univers ?

En réalité, c’est un projet qui date d’assez longtemps. A la base, j’avais l’idée de faire un manga de ce type là bien avant de proposer ma première histoire chez un éditeur. A savoir le premier one shot de la version de A Silent Voice publiée en 2008 je crois. C’est une idée que j’ai gardée, mais que je n’ai pas exploitée rapidement. Il y a eu ce one shot de A Silent Voice, puis j’ai travaillé sur une série qui s’appelle Mardock Scramble, puis j’ai enchaîné ensuite sur A Silent Voice, et j’avais gardé en tête cette idée de travailler sur un univers de fantasy. Il se trouve que les thèmes que j’abordais dans A Silent Voice et Mardock Scramble ont une forme de continuité puisque je parle de gens qui souffrent, et en fait j’avais envie de faire une série qui était dans le prolongement de ce que j’avais fait jusqu’à présent. C’est comme ça que je suis arrivé à To Your Eternity. Et puis, je suis aussi arrivé à ça parce que j’avais moi même une très grande envie de réaliser cette histoire là que j’avais en tête depuis longtemps.

Le fait de ne pas avoir de personnage principal autre que Imm était un pari risqué puisque les autres protagonistes susceptibles de devenir important finissent un peu près tous par mourir. Du coup, le développement de leur background est assez limité, ce qui fait qu’on a du mal à s’attacher à eux, et donc leur mort ne bouleverse que faiblement le lecteur. Est-ce un choix que vous regrettez ? Parce que même s’ils continuent à vivre au travers de Imm, cela ne reste quand même que des coquilles vides. Leur apparition permet à Imm d’évoluer et de gagner toujours plus en humanité, mais le fait de ne pas avoir d’autres personnages principaux peut paraitre frustrant.

Oui vous avez raison, c’est un risque qui est conscient. J’ai tout à fait conscience que les lecteurs maintenant lorsqu’ils lisent le manga réalisent que lorsqu’un personnage va arriver il va apporter quelque-chose à Imm, puis Imm va le recevoir, et le personnage qui est arrivé va mourir. Et on va recommencer, et on va repartir dans ce schéma là, c’est à dire : le personnage arrive, il donne quelque-chose, il meurt, il arrive, il donne quelque-chose, il meurt, etc. J’ai bien conscience que ça apporte une certaine frustration et qu’il y a un risque à faire ça, mais c’est totalement volontaire.

J’aurais aimé savoir comment est né le personnage de Imm : quelle est l’idée derrière ce personnage, et pourquoi en avoir fait un immortel ?

Sur l’aspect physique du personnage, c’est une idée qui remonte à longtemps. J’avais déjà eu en tête un personnage comme ça lorsque j’étais collégienne. Et pour ce qui est de l’aspect de l’immortalité, c’est une influence directe du 3 x 3 Eyes de Takada Yūzō en fait, qui lui aussi a un personnage immortel. Et j’avais déjà eu l’idée d’exploitée ce principe dans l’une de mes séries lorsque je serais professionnelle. Le thème de l’immortalité, c’est un thème que j’ai choisi de placer dans cette série là parce que j’y voyais un prolongement de ce que j’avais fait dans Mardock Scramble et A Silent Voice, à savoir que dans Mardock Scramble le personnage de Balot est un personnage avec de très fortes tendances suicidaires, et que c’est un thème qu’on retrouve aussi dans A Silent Voice puisque Shôko fait une tentative de suicide qui échoue évidemment, mais ce qui m’intéressais dans cette vision là, c’était le fait d’avoir des personnages qui étaient dans un contexte où ils se retrouvaient dans une situation d’échec par rapport à ce qu’ils voulaient devenir, qu’ils n’arrivaient pas à devenir, et pour qui le choix ultime, la dernière solution, c’était le suicide. Or, un personnage qui est immortel est privé de ce choix là. À partir du moment où lui se retrouve coincé, où il n’arrive pas à atteindre les objectifs qu’il s’était fixé, s’il est immortel, il n’a pas la possibilité de mettre fin à ses jours. Donc en quelque-sorte, je le fait souffrir de manière consciente, et qui est une sorte de reproduction que moi je peux ressentir, à savoir que je considère que mettre fin à ses jours ne doit pas être un choix en fait.

Est-ce que cela vous est arrivé de lire de la bande-dessinée américaine et franco-belge ?

Je ne suis pas très calée en bande-dessinée, mais j’ai chez moi deux recueils de bande-dessinée en japonais qui sont en fait un magazine qui s’appelle Euromanga, qui est sorti au Japon, qui publie plusieurs bande-dessinées séparées en 15 ou 20 pages à chaque fois qui se suivent. Au palmarès des publications de ce support, on peut compter  Blacksad, notamment, qui est une BD formidable et le dessin est à tuer. C’est une tuerie. Et des comics américains j’en possède, mais qui sont en anglais et n’ont pas été traduits en japonais. Je les ai achetés par intérêt pour le dessin, mais je ne les ai pas lu. Et je ne sais pas si c’est une bande-dessinée ou un comics américain, mais c’est une œuvre qui apparemment a eu beaucoup de prix et qui s’appelle Saga.

Est-ce qu’il y a une importance de la représentation de l’enfance dans To Your Eternity ? Parce que vos personnages sont souvent juvéniles. Est-ce que vous essayez donc d’expliquer au lecteur de manière implicite qu’il est possible d’apprendre beaucoup de choses des enfants ?

Les enfants ont un côté très pratique lorsqu’on raconte une histoire puisqu’ils sont par essence des personnages qui sont incontrôlables, qui réagissent sous le coup de l’émotion, qui n’agissent pas de manière réfléchie, et donc – dans le cas de To Your Eternity – en fonction de l’environnement dans lequel je place le personnage principal de Imm, avoir des enfants à ses côtés est très pratique pour faire évoluer une situation en dehors des codes de la raison. Quant aux raisons profondes qui sont liées à l’emploi d’enfants, il n’y en a pas en particulier que j’aimerais évoquer maintenant. Peut être dans le futur, mais pour l’instant je n’ai pas envie d’en parler.

Auprès de la presse française, To Your Eternity a été accueilli comme une leçon philosophique, ce qui est assez étonnant pour un shônen. Est-ce qu’une œuvre a eu une forte influence sur ce manga ?

Concernant les aspects philosophiques de To Your Eternity, j’ai peur que cette association soit quelque-chose qui rebute les futurs lecteurs, que ça leur fasse peur et qu’ils n’osent pas se lancer. J’ai du mal à approuver ce type de critique. Néanmoins, en terme d’influence, c’est vrai que lorsque je regarde un film j’adore chercher le sens que le réalisateur a voulu donner à l’histoire qu’il raconte. Un film qui m’a influencé, notamment pour A Silent Voice, c’est « La Promise ». Cela raconte l’histoire d’un vieil homme qui rencontre un jeune garçon, et les deux personnages communiquent essentiellement par le regard, et très peu par la parole. C’est vraiment quelque-chose que j’ai essayé de retranscrire par la suite.

To Your Eternity et A Silent Voice véhiculent des messages de tolérance qui sont assez différents, mais pourquoi c’est important pour vous d’en parler dans vos œuvres ?

Pour moi, dans la mesure où chacun de nous évolue dans des environnements différents, par expérience je sais qu’on peut ne pas comprendre les autres simplement parce qu’on est issu d’environnements différents, et parce qu’on a pas vécu les mêmes choses, mais ce qui peut être salvateur c’est justement cette notion de tolérance, d’acceptation et d’entraide. Et c’est justement dans beaucoup de cas ce qu’on retrouve dans les mangas pour adolescents, donc c’était important de traiter de ce thème là.

Dans To Your Eternity vous avez dit « Ne pas pouvoir mourir est une malchance : quel sens donner à la vie si elle ne se termine jamais ? », est-ce que c’est une pensée ou une interrogation personnelle ?

Je ne sais pas. Je ne sais pas dire si je suis d’accord avec ce précepte là. Peut-être.

À travers To Your Eternity, on sent que vous avez peur de la mort, mais que vous la jugez malgré tout comme étant une solution ? Car cela permet d’abréger les souffrances, d’être une forme de finalité, et de ne pas souffrir perpétuellement.

Pas tout à fait. Non. Globalement, c’est surtout la représentation d’un souhait. Ce que vous, vous percevez au travers de To Your Eternity lié à la mort est la représentation d’un souhait que j’ai moi par rapport à ce que pourrait être la mort et ce qu’elle pourrait apporter, car comme vous le dites la mort a un côté salvateur : mieux vaut mourir que de souffrir éternellement, j’exprime dans To Your Eternity mon sentiment de culpabilité d’exprimer ça, justement. La culpabilité de représenter la mort comme quelque-chose qui serait salvateur. C’est plus l’expression d’un souhait, mais ce n’est pas vraiment ce que je pense.

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Que pensez-vous de la traduction du titre de vos œuvres ? Par exemple de A Silent Voice (Koe no Katachi), dont Katachi a été traduit par Silence au lieu de Forme.

Je ne comprends pas l’anglais… j’ai donc confié ça aux personnes de Kôdansha qui sont bien meilleurs en anglais que moi (rires) ! Je sais au départ que c’est Shape of Voice qui avait été choisi pour le titre international, et qu’il y a des personnes qui ont manifestées leur désapprobation du titre, justement, A Silent Voice, et qui auraient préféré Shape of Voice. Maintenant, je ne suis pas assez calée…

Tout à l’heure a été évoqué l’importance du thème de la tolérance, et vous exprimez ça dans vos œuvres. Par exemple au sujet des brimades dans A Silent Voice, et de la violence des tribus dans To Your Eternity, où la mort est omniprésente. Vous mettez en scène des personnages en souffrance, et tout cela est abordé d’une manière très pessimiste : pourquoi avoir choisi cette manière assez sombre de raconter vos histoires ?

C’est assez simple en fait, c’est l’expression de ma propre personnalité. J’aimerais avoir une personnalité ultra joyeuse, mais je pense que je suis assez réservée, et pas forcément joyeuse, et que je vais naturellement dans l’expression de ce type d’histoire.

Est-ce que c’est une manière pour vous d’extérioriser et de vous défaire de vos sentiments ?

Oui, c’est vrai qu’il y a une forme de délivrance par rapport à ça. Je suis à la recherche de l’apaisement, et le dessin m’apaise, et coucher ça sur le papier est une forme d’apaisement.

Après avoir abordé le thème de l’intolérance dans A Silent Voice et du suicide dans Mardock Scramble, est-ce qu’il y a un autre thème de société qui vous tient à cœur que vous aimeriez aborder dans un futur manga ?

Je ne sais pas si c’est des thèmes différents et si ce sont des thèmes de société différents de ceux que j’ai abordé jusqu’à présent, mais dans To Your Eternity ce qui m’intéresse c’est de traiter de personnages qui cherchent à devenir quelqu’un, quelque-chose, qui cherchent à atteindre un objectif mais qui n’y arrivent pas, et qui doivent trouver une manière de faire face à ça. D’affronter justement cette situation d’échec, et d’objectif inatteignable. Ça peut correspondre à ce qu’on trouve dans la société moderne actuelle, à savoir que beaucoup de gens essayent de changer, essayent de devenir quelqu’un, et la seule réponse qu’ils ont la plupart du temps à leurs morts, à leur souffrance, c’est « bah fais des efforts et tu arriveras à changer ! Si tu fais des efforts, tu arriveras à passer ce cap », et le fait est que c’est justement parce qu’ils n’arrivent pas à accomplir cet objectif là qu’ils souffrent, et que parfois ils décident de choisir des voies qu’ils ne devraient pas emprunter. C’est quelque-chose que j’avais déjà essayé de transmettre dans A Silent Voice, mais j’ai eu l’impression par rapport aux avis que j’entendais que je n’avais pas bien réussi à transmettre cette idée là, donc j’essaye de l’approfondir aujourd’hui dans To Your Eternity. Au rang des thèmes de société importants pour moi, c’est le seul que j’ai en tête pour le moment.

Pourquoi êtes-vous devenue mangaka ? Il y a l’air d’avoir quelque-chose de très personnel.

En fait, je dirais qu’il n’y a pas de raison profonde. Le fait est que je suis née au mois de mars, ce qui sous-entend, au Japon, quand on est dans une classe qu’on est le plus jeune de la classe, parce que l’année scolaire commence en avril. Et de fait, on est souvent celui ou celle qui sait le moins bien faire que les autres parce qu’on est plus jeune, parce qu’on a acquis moins de choses. Quand on arrive dans une société, on est le plus jeune aussi, celui qui est le dernier arrivé, et on se retrouve souvent dans cette situation, de ce fait on a moins confiance en nous, donc on se retrouve souvent seul dans son coin face à une feuille. C’était mon cas, et pour m’occuper je gribouillais, puis les petits gribouillis sont devenus des dessins, et puis je me suis rendu compte que je ne me voyais pas faire autre-chose que du dessin plus tard. L’envie de dessiner a précédé celle de devenir mangaka, en fait. Je ne me suis pas dit « Je vais devenir mangaka, donc je vais dessiner », je dessinais et devenir mangaka m’a semblé être une évidence parce que je ne me voyais pas faire autre-chose.

Vous dites que le dessin vous apaise, est-ce que cela signifie que vous êtes en colère ?

Le dessin est une forme d’apaisement qui n’est pas forcément une réponse à la colère, c’est plutôt l’inverse ! C’est à dire qu’à partir du moment où on m’enlève ma capacité à dessiner, ça me met en colère. À titre d’exemple : quand j’étais à l’école primaire, il y avait un club de dessin, mais pour y entrer il fallait nécessairement entrer dans le club de sport ! Et le sport ce n’était pas ma tasse de thé, et donc je suis allée voir le directeur pour lui dire que ce n’était pas juste. J’étais très en colère de ne pas pouvoir accéder au dessin à cause d’une cause externe. Donc le dessin m’apaise, mais aujourd’hui encore  et d’une certaine manière c’est une source de stress.

Dans A Silent Voice, la narration est placée du point de vue du persécuteur, et dans To Your Eternity, il s’agit d’un personnage qui ignore tout du monde. Qu’est-ce que vous avez souhaité dégager à travers ses positions peu conventionnelles ?

Alors en fait, il y a un lien entre les deux séries. À savoir que dans A Silent Voice, Shôya, qui est donc le bourreau, à la fin de l’histoire a résolu une partie de ses problèmes de communication et sentimentaux avec Shôko. Et même si le manga se termine là-dessus, de mon point de vue, l’un et l’autre sont très loin d’avoir résolu leurs difficultés, et ils vont devoir y faire face encore plus maintenant, et jusqu’à leur mort. Dans l’histoire, à partir du moment où Shôko a fait une tentative de suicide, elle prive Shôya de ce même choix. Entre quelque-sort, Shôya se trouve à être un personnage principal qui n’a plus le droit de mourir, à qui j’interdis le choix de la mort. Et dans ce sens là, il rejoint le personnage de Imm dans To Your Eternity, qui lui n’a pas accès à ce choix de la mort, même s’il a un rôle peut être plus passif, mais il n’a pas accès à ce choix là, et le lien entre les deux se fait à ce niveau là.

Comment organisez-vous une semaine de travail ?

De manière assez succincte, je devrais consacrer seulement 4 jours à la réalisation des planches au propre, mais il se trouve qu’aujourd’hui je suis plus dans un rythme de 5 jours de travail plein sur les planches. C’est à dire 5 jours pendant lesquels mes assistants viennent et travaillent avec moi. Avant cette étape là, il y a 2 jours qui sont consacrés à des réunions avec mes responsables éditoriaux, et pendant ces 2 jours, il y a aussi du temps que je consacre à la réalisation de mes nemus, c’est à dire mes croquis préparatoires avant la phase d’encrage.

Vu que To Your Eternity est porté sur la nature, est-ce que vous souhaitez faire passer un message écologique ?

Je n’ai pas de message particulièrement écologique à faire passer. C’est vrai que j’ai eu une période où je m’intéressais à l’écologie, sous l’influence de dessins animés et de choses comme ça. C’est un thème qui m’a intéressé, mais ce n’est pas un message que je fais passer dans le manga directement.

Ça ressort peut-être indirectement.

Peut-être (rires).

Il y a plusieurs scènes où la narration passe par l’image : sans dialogue, sans bruit, sans son même, sans onomatopée ! Est-ce que vous voulez nous parler de cette technique de découpage ?

Les scènes sans dialogue ont pour moi plusieurs utilités et plusieurs fonctions. Certaines sont destinées à ralentir le temps, quand je veux que le lecteur s’attarde sur le dessin, qu’il prenne le temps de regarder les pages et de voir ce qui se passe vraiment dans le dessin davantage que dans le texte et les bulles. Je réduis volontairement la quantité de texte de manière à attirer l’attention sur autre-chose. C’est parfois des scènes, à l’inverse, qui peuvent être des moments d’action. Des scènes qui doivent avancer beaucoup plus rapidement. Mais je pense que ce sont des techniques qui ne me sont pas propres, et qu’on retrouve dans beaucoup d’autres mangas.

Le personnage de Imm est très naïf, mais peut en revanche se transformer à volonté ! Est-ce qu’un personnage de ce type là est contraignant, au niveau du scénario, ou est-ce qu’au contraire cela facilite les choses ?

Il est vrai que Imm est un personnage naïf, mais qui mûrit au fil du temps. Le fait qu’il soit naïf est pour lui loin d’être un avantage, mais c’est dans son processus d’évolution. Aujourd’hui ,dans le chapitre 71, c’est un jeune adolescent, beaucoup moins naïf et pur que ce qu’il était au début du récit.

Dans votre façon de construire un récit, ce type de personnage est-il une sorte de joker ?

Au niveau de la narration, cela ne me pose pas de problème particulier. Je dirais que le personnage de Imm, dans un shônen qui est publié dans un magazine shônen, donc lu par des lecteurs habitués à avoir des attentes propres liées au héros de manga pour adolescent, c’est à dire des héros qui sont plus beaux qu’eux, plus forts qu’eux, et pour qui ils vont nourrir une forme d’admiration. Au départ, Imm ne génère pas du tout ce type de sentiment chez eux. Chez le lecteur de To Your Eternity, au début, Imm est plutôt un facteur de frustration puisqu’il n’a pas de conscience propre, il n’exprime pas beaucoup de choses, et moi je n’aide pas beaucoup le lecteur à comprendre quel type de comportement peut avoir Imm. Et dans les commentaires que j’ai pu recevoir à l’époque, c’était « Pourquoi est-ce qu’elle n’explique rien ? », « On ne sait pas pourquoi il fait ça », mais c’était parfaitement volontaire. Mais de mon point de vue, en tant qu’auteure, je trouve ça bien mieux de mettre en scène ce personnage là.

Questions posées par Animeland, Krinein, Planète BD, Nipponzilla, Journal du Japon, Illuminatis, 9ème Art, Avoir à Lire et Melty lors d’une conférence de presse organisée par Pika Édition durant Japan Expo 2018.

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